Échos de Bulles Expo : Champagne et vins effervescents sont-ils à la conquête de la même planète ?

Partout sur la planète, le constat est le même : les ventes de mousseux sont en pleine effervescence. Leur consommation, toutes bulles confondues, augmente trois fois plus vite que celle des vins tranquilles.

Plus précisément, les ventes d’effervescents poursuivent leur forte progression, aussi bien en volume qu’en valeur (+5,6% et +10,8%, selon la dernière étude 2016 de l’Organisation Internationale de la vigne et du vin).

La première édition de Bulles Expo, le salon international des vins effervescents, les 20 et 21 juin dernier à Paris, a permis d’explorer de bien des façons cette dynamique catégorie de vins. Avec quelque 120 exposants réunis sur place, lors de cet événement organisé par Vitisphère et GFA Events, la diversité était au rendez-vous de façon inégalée.

Le champagne et sa croissance

NomacorcZestLors d’une conférence sponsorisée par Nomacorc*, les participants de ce salon ont pu par exemple se demander si les champagne et vins effervescents du monde sont à la conquête de la même planète – bref, à quel point les différentes catégories et pays sont effectivement en concurrence.

« Dans le monde, le champagne représente 13% des effervescents en volume, mais 40% en valeur. Et ces chiffres peuvent, toujours en valeur, continuer à progresser », déclare Francis Declerck, professeur de finance à l’ESSEC. Pourtant, comme le souligne l’expert « depuis le pic des ventes de 2007, à 337 millions de bouteilles, il est difficile de vendre du champagne. La croissance annuelle de +2,5% entre 1980 à 2005, tout comme celle du PIB du monde occidental, n’a pas duré. Depuis, le marché est compliqué, notamment en France. Certes, les français restent le premier pays consommateur avec 52% des 312,5 millions de bouteilles expédiées. Mais, c’est le grand export qui augmente le plus sur le segment des cols les mieux valorisés. Il représente en valeur 60% pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’€. Le progrès le plus fulgurant est celui du Japon qui achetait dans les années 2000, 1 million de bouteilles et aujourd’hui 9 millions. » Et de préciser : « Le champagne est unique. Or il doit faire face à de nombreux concurrents. Aujourd’hui, il est facile d’aller chercher ailleurs d’autres vins effervescents d’excellente qualité. »

Maxime Blin, le vigneron champenois de la maison éponyme et membre du bureau du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne, confirme « qu’il y a une concurrence des effervescents en général, notamment avec les proseccos, les cavas ou les crémants français. » Mais d’ajouter : « Le champagne est la locomotive des vins effervescents. Nous sommes destinés à rester en haut de la pyramide. Malgré la concurrence des effervescents en général, il n’est pas encore détrôné. Mais on ne doit pas se reposer sur nos lauriers. Nous devons travailler notre marketing et nos produits pour rester à la pointe, comme nous avons toujours su le faire. »

L’Italie et le phénomène prosecco

En Italie, alors que la croissance spectaculaire des proseccos intrigue et inquiète, « le Champagne bénéficie toujours d’une grande notoriété et garde sa première place, même si les jeunes choisissent de déguster des proseccos, plus simples et moins chers », confie Claudia Nicoli, sommelière italienne et Ambassadrice de la Champagne en 2006.

8_Bulles Expo Credit Photo Cedric Faimali - GFALes raisons de son succès tiennent au produit. « C’est un vin frais, floral, fruité. Il est facile à boire. Les jeunes l’apprécient, mais pas uniquement. On l’utilise aussi pour faire des spritz – ndlr, un des cocktails les plus plébiscités au monde actuellement. Et surtout, son prix est très bas, car son élaboration est très simple. On peut le commercialiser au bout de 40 jours seulement. » Par ailleurs, suite à une stratégie d’augmentation des surfaces du vignoble, la production a fortement progressé. En 2015, près de 400 000 millions de bouteilles ont été commercialisées. « Mais il ne faut pas avoir peur de la concurrence, car chaque réalité a son style et son identité, » précise-t-elle.

Les effervescents français

Daisy Desroches, responsable marketing vins effervescents du groupe Boisset en Bourgogne, confirme : « nous ne sommes pas en concurrence avec nos voisins champenois, car nous sommes sur des marchés très différents. En revanche, la concurrence frontale vient des cavas et des proseccos sur certains segments. Mais pas sur le créneau intermédiaire des Crémants de Bourgogne ». Elle souligne par ailleurs que : « le marché des vins effervescents se porte très bien. Ils représentent une bonne partie de l’activité de la maison avec notamment la marque Louis Bouillot, toutes activités confondues, y compris les vins tranquilles. La croissance de ce marché est saine car elle est progressive ». Et de conclure : « le plus important est de sécuriser les approvisionnements pour pouvoir fournir nos marchés. Mais également d’inciter de nouvelles tendances, de mieux valoriser nos produits et de montrer notre savoir-faire. »

Les effervescents anglais

Les qualifiés vins effervescents anglais “d’intéressants”, avec une qualité de plus en plus remarquée, sont-ils des concurrents potentiels ? La réponse unanime des conférenciers, est sans détour : « même si on parle beaucoup d’eux, le champagne n’a rien à craindre. C’est un marché de niche, qui par ailleurs appartient principalement à des Champenois! »

Les consommateurs allemands

Exception à la règle, en Allemagne, on consomme moins de vins effervescents. Ce pays a perdu sa place de premier consommateur en 2015, et se situe désormais troisième, derrière les USA et la France. « Ce déclin est assez constant, » constate Claudia Haase, export manager chez Schloss Proschwitz, très ancien domaine viticole situé près de Dresde, en Allemagne de l’Est. « Nous sommes passés de 4.2 l/an et par personne en 2012 à 3.9l/an en 2014. En revanche, le prix moyen a augmenté. Il était en 2011 de 3,58€ et il est passé à 3,78€ en 2014. » Les allemands se tournent peu à peu vers le Sekt B.A. (effervescents de qualité provenant d’une région déterminée). Ce marché de niche devrait, pour elle, « continuer à se développer ». Le prix moyen consommateur est de 15 €.

Les premiers pays producteurs de Champagne et de vins effervescents sont donc bien à la conquête de la même planète : celle des bulles, souvent associée à la fête. Mais sur ce marché en croissance, il y a de la place pour tout le monde. A chacun, selon son identité et sa spécificité, de trouver son segment et son positionnement. Selon le champenois Maxime Blin : « les consommateurs de cavas ou de prosecco d’aujourd’hui sont les acheteurs de champagne de demain. Nous sommes la porte d’entrée des effervescents. » Et comme le conclut si bien Tony Verbicaro, l’animateur de la conférence et rédacteur en chef de La Champagne Viticole, « les effervescents se servent les uns les autres. »

 

*François-Xavier Denis, Vice President Wine Marketing Solutions Vinventions, a entre autres profité de cette occasion pour souligner le lancement du nouveau produit ZEST!, le tout premier bouchon pour vin effervescent de Nomacorc.

 

À propos de l'auteur

Journaliste français, écrivaine et consultante, Anne Schoendoerffer écrit pour de nombreuses de publications françaises, comme Midi Gourmand, Midi Libre, Midi Tourisme, vitisphere.com, et 360 °. Elle a toujours été un #WineLover, et cet amour a grandi quand elle a découvert les vins du Languedoc Roussillon, où elle vit-à Montpellier, plus précisément. Elle est intéressé par tout ce qui bouge dans le monde français de vin, un monde qui continue à aller de l'avant avec passion et entrain.

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