Une cave pas comme les autres : Des vins élevés sous la mer

Faire vieillir le vin sous la mer le rendrait meilleur… Simple légende ou réalité ?

C’est parti pour l’immersion des bouteilles suspendues à 3,80m de fond à 14°C !Pour en avoir le cœur net, Laurent Meynadier, vigneron au domaine familial du Champ des Sœurs à Fitou dans le Languedoc, élève des vins sous la mer depuis six ans. Ces recherches sont menées en partenariat avec Nomacorc qui depuis le début s’intéresse de près à cette expérience.

Lundi 4 avril, l’opération a été réitérée pour la sixième fois, dans les parcs à huîtres de l’étang de Leucate avec la suspension de 222 bouteilles de blanc dans des pochons, à 4,50 mètres sous l’eau.

« J’ai des amis ostréiculteurs et mes vignes plantées en balcon dominent l’étang de Leucate et la mer. L’idée d’immerger des bouteilles sous l’eau s’est imposée naturellement au fil du temps, » explique avec enthousiasme le vigneron, treizième génération d’une famille de vignerons qui gère le domaine de 13 hectares avec Marie, son épouse.

L’eau conserve

Bouteilles élevées pendant un an en mer.C’est à Leucate en 2010 que la première immersion est lancée avec Sylvain Bouffandeau, ostréiculteur à Leucate. Douze caisses de fer et 84 bouteilles bouchées Nomacorc sont alors immergées en mer, dans les parcs à huîtres, par cinq mètres de fond. Pendant trois mois, les vins bénéficient du roulis de la mer et de la température ambiante.

« Nous avons eu un peu de casse et quelques bouteilles perdues, mais nous avons pu en sauver quelques-unes et organiser une dégustation comparative des deux cuvées jumelles, l’aquatique et la terrienne vinifiée en cave. Le vieillissement en mer s’est révélé assez bluffant. Les vins élevés sous l’eau se sont révélés plus aromatiques, plus fringants et plus frais  » souligne Laurent.

Un projet innovant

Depuis, le domaine du Champ des sœurs et Nomacorc poursuivent l’aventure en immergeant des blancs, des rosés, des rouges en baie de Saint-Brieuc sur les Côtes d’Armor (2012), à Gruissan dans l ‘Aude (2015) ainsi que dans les lacs des volcans d’Auvergne (2014) où la température est stable toute l’année, entre 3 et 6°C. « Nous avons choisi de mener l’expérience avec les bouchons Nomacorc pour leur régularité dans le transfert d’oxygène et leur absence de goût de bouchon. L’objectif est de pouvoir évaluer, à travers cette expérience, l’impact des échanges gazeux dans l’évolution du vin » indique Laurent Meynadier.

Denis Sergent, œnologue de chez Nomacorc, avec Laurent Maynadier, (@laurent.meynadier) propriétaire du Château Champ des Sœurs, et l’ostréiculteur Ludovic Payre (@ludovic.payre). Ils tiennent un pochon de 12 bouteilles de vin blanc de l’AOC Corbières, prêtes à être immergées.À la dégustation, les résultats sont probants. « On ne reconnaît plus l’origine du vin » souligne-t-il.  Et Denis Sergent, œnologue chez Nomacorc d’insister. « L‘absence d’échange gazeux est nuisible à l’évolution des vins rouges qui ont besoin de respirer. Elevés en mer, leurs tanins deviennent agressifs et ils perdent l’intensité de leur couleur. Par contre, les tests sont beaucoup plus concluants chez les blancs et les rosés immergés. Ils se dévoilent plus frais, plus vifs et plus nets. Ces résultats confortent ce que nous savons déjà sur ces deux couleurs qui ont moins besoin d’échange gazeux ».

Pour la suite des choses, les partenaires veulent pousser les recherches plus loin avec des tests comparatifs en laboratoire. Pour les prochains résultats, rendez-vous dans 9 mois avec la sortie des 222 bouteilles récemment immergées dans l’étang de Leucate.

À propos de l'auteur

Journaliste pendant quinze ans, Cécile Luquet est, depuis six ans, directrice associée de Clair de Lune, fabrique d'influence spécialisée dans le secteur du vin, du tourisme et de la gastronomie. Aujourd'hui, l'agence; composée de 16 personnes à Lyon, Paris et Gruissan Plage, travaille avec les principaux vignobles français et les grandes marques du secteur.

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